Encore un bout.

•mars 24, 2011 • 4 Commentaires

Bon, les commentaires ne fleurissent pas comme le cerisier dans le jardin de mon voisin mais au moins quelques personnes lisent. Il n’en fallait pas plus à mon ego démesuré pour décider de publier un autre petit bout. Enjoy. And comment!

 

***

Il atteignit enfin le calvaire dont l’image lui était resté gravé en mémoire. Le mourant décharné, à la peau d’écailles blanches et aux bras ouverts sur la grande croix noire pourrissante prenait soudainement un sens nouveau et fatidique dont il se disait qu’il avait toujours soupçonné la nature. C’était un mensonge bien entendu. Il n’avait jamais rien pressenti si ce n’est l’imminence des vomissements les nombreuses fois où, ivre mort, il avait du se relever en pleine nuit pour projeter son corps pantelant vers la porte des chiottes. Mais quelque part au fond de son être la croyance, même superficielle, en la Providence levait un poids de sa poitrine.

Il aimait à penser que ce qui avait débuté sur ces rochers au milieu des crabes verts devait s’achever à l’endroit même où il avait tressailli. Ouroboros, serpent mythique aux anneaux incandescents, l’éternel titan se dévorant tour à tour et accouchant de lui-même devait finir là où il avait vu le jour. Ainsi en était-il de l’ordre du monde si la paix devait être un impératif.

Le calme de la fin d’après-midi sur les vaguelettes couronnées de dentelle blanche le surpris de prime abord. Le monde approuvait l’ordre des événements, il ne pouvait plus reculer, l’ordre de la chaîne de causalités avait été scellé dans l’air du soir; il n’était plus de sa responsabilité d’en changer la direction. Il n’y avait plus d’issue autre que de marcher dans les traces des dieux.

Une seule inquiétude subsistait cependant, étreignant son estomac. Il souhaitait que l’on ne se méprenne pas quant à la signification de son geste. Une ombre se formait lentement au dessus de sa conscience à mesure que la lumière diminuait autour de son corps en apesanteur. Ses parents ne comprendraient pas; ils avaient domestiqué les forces de la nature, apprivoisé la destiné vorace par une vie de privations et de sacrifices. En y repensant à présent, il savait que le vieil homme avait eu tort; son geste raisonnable avait été inspiré par une réflexion erronée. Cette intuition était devenue, au cours des jours précédents, une conviction solidement ancrée dans le haut de son cou, provoquant chez lui des démangeaisons dont il ne parvenait à se débarrasser qu’au prix de sévères mutilations, grattant de ses ongles édentés son cuir chevelu jusqu’à ce que le sang coagule sur le bout de ses doigts blancs. Il ne savait cependant quelle conclusion en tirer. L’homme avait-il réellement le pouvoir de donner un sens entier et univoque à ses actions? Cela était-il seulement souhaitable?

 

Il n’avait plus froid. L’onde glacée avait emporté dans son étreinte toute forme de sensations autres qu’une caresse ouatée le long de ses membres longilignes. Il sentait les couleurs de ses songes pénétrer ses paupières. Les bras en croix, un trait de lumière bleutée traversa sa chevelure dans un éclat métallique. Il tendit la main, ses ongles ripant sur un objet oblongue. Les yeux écarquillés, des lettres se formèrent qu’il lui sembla reconnaître. Elles éveillaient en lui un vague souvenir au goût d’inachevé. Il ouvrit la bouche mais le cri qu’il attendait ne fut qu’un spasme dans sa nuque.

 

Le couvercle rouillé de la boîte de chocolats céda sous la faible onde de choc, libérant un mince filet de bulles.

 

 

 

 

En manque de lecture?

•mars 17, 2011 • 5 Commentaires

Faut croire que le nombre de mes lecteurs est passé de rare à quasi-inexistant au vu du peu de retours sur le dernier post. Qu’à cela ne tienne, voici un autre bout de mes élucubrations romanesques. Votre avis est toujours le bienvenu, bien entendu…

 

 

Il avait sincèrement cru qu’il était heureux. Pas qu’il ait cru en l’amour, mais il est toujours facile de s’approcher du concept lorsque le monde vous sourit. L’idée même de l’amour ne lui avait en soi jamais paru particulièrement obsolète ou ridicule en soi. Rien dans sa vie ne lui avait permis jusqu’alors de réfuter purement et simplement cette idée. Des déceptions, il en avait eu, bien entendu. Cela lui semblait plus que normal. Après tout, n’était-il pas qu’une autre de ces microscopiques cellules, persuadée de son indépendance mais n’achevant pour toute originalité que l’exercice difficile d’être comme les autres? Les différences individuelles lui avaient toujours semblé illusoires. Un autre réseau de matière organique et de connexions cérébrales, voilà à quoi se résumait sa position dans le Grand Tout. Cela ne le dérangeait pas outre mesure, cette conception des choses avait grandi parallèlement à lui-même. Parfois, il repensait à son éducation religieuse, aux essais répétés et parfois victorieux de donner du sens à ce qui n’en a pas. Il se souvenait avoir été béni à cette époque; pas uniquement par de l’eau croupie, malgré le fait que cette activité figurait au rang des éléments réguliers de sa vie d’alors. Il l’avait également été dans l’insouciance la plus complète. Les certitudes, les réponses – même fausses – aux inquiétudes du genre humains apportées par l’Institution l’avaient transporté dans une sphère qu’il avait fini par quitter il ne savait même plus comment. Ou plutôt si. Une curiosité folle l’avait emporté. Il comprenait maintenant pourquoi celle-ci figurait au rang des péchés, évidemment en rapport à l’orgueil. Il n’y voyait plus la machination que l’anticléricalisme lui avait démontré. Seulement un désir de préservation, une limitation nécessaire à la liberté débridée d’apprendre. A l’heure où le fruit défendu pouvait s’acheter sur les étals d’une grande surface, il y voyait un signe d’honneur et de fierté dans la condition humaine plus qu’une réminiscence de l’esclavage. Une aliénation somme toute nécessaire.

Tout ça lui semblait remonter à des années-lumières désormais.

 

***

 

Il avait croisé le regard du vieil homme ce jour-là. Il ne connaissait pas son nom. Jamais il n’avait vu d’yeux plus tristes.

Il ne savait pas vraiment s’il avait encore foi en l’humanité. Il croyait encore pourtant fermement en l’idéal de la communauté. Elle était selon lui la base nécessaire et fondamentale de ce que l’on pourrait appeler le bonheur. La même intuition n’était-elle pas à l’origine de la famille, de la tribu de la nation; ce sentiment de fierté, d’honneur, d’amour passionnel lui avait toujours semblé naturel et bénéfique. Son chemin de vie n’avait pas réussi à le persuader autrement. S’il n’adhérait pas à la xénophobie, il respectait cependant profondément le nationalisme et ne voyait dans le rejet de l’autre qu’une dérive, une contradiction du message initial, et en aucun cas une conséquence logique de l’amour porté au groupe organique dont chacun, volontairement ou non, faisait partie.

Les chants en langues étrangères célébrant chacun à sa façon l’amour d’une humanité particulière lui faisaient l’effet de cantiques. Loin d’une quelconque compréhension rationnelle, ils éveillaient en lui des frissons qui parcouraient alors l’entièreté de son corps; de la plante des pieds au cuir chevelu, il sentait son épiderme onduler à l’écoute de ces consonances inconnues. Il n’avait pas besoin d’en comprendre le sens, d’en décortiquer les sons, d’assembler les syllabes en mots et les mots en autant de phrases. Chacun de ces chants à l’histoire mythifiée exprimait le même sentiment universel: aime la terre qui t’as vu naître, souviens-toi d’où tu viens, d’autres avant toi, en te léguant une terre imprégnée de leur sang, de leurs pleurs et de leur sueur, te permirent d’être ce que tu es. A eux tous, ils formaient les chapitres du chant des roches.

 

Votre avis est le bienvenu.

•mars 5, 2011 • Laisser un commentaire

Ce jour est à marquer d’une pierre blanche. Enfin! J’ai fini par écrire des passages qui me plaisent et que je vais pouvoir combiner. Pas de trop grande excitation, ça n’est qu’un début; un début dont je suis fier certes, mais un début néanmoins et dans toute son imperfection. J’ai du laisser le scénar’ original du monde sans café de côté, par manque d’inspiration. J’ai déjà pas mal travaillé dessus, un temps de repos est nécessaire, histoire de laisser la levure faire son oeuvre. Ce que je vous présente aujourd’hui est différent, et j’aimerais avoir votre avis. Si ça vous plaît, je mettrai d’autres passages en ligne. Bien entendu, je prendrai toutes les opinions en considération, tant qu’elles restent respectueuses de ma personne. Si vraiment c’est de la marde, ne vous gênez pas pour me le dire.

Allez, rideau.

 

Une histoire bien ordinaire (titre provisoire).

 

Le ciel lui paru si fragile dans le creux de ses mains qu’il eut peur de le briser en refermant ses doigts.

- Les résultats de vos tests sont disponibles. Voulez-vous y jeter un coup d’oeil?

- Bien entendu.

Il pris le papier fin dans ses mains. Immédiatement, les lettres rouges attirèrent son attention. Leur but? Sans doute impressionner l’esprit déjà secoué des patients.

- Vous savez, s’adressa-t-il au médecin sans lever les yeux, à l’avenir vous devriez essayer de faire en sorte que le message soit encore plus clair.

- Que voulez-vous dire?

- Oh, rien de bien spécial; je me disais que plutôt d’utiliser un code de couleurs, vous pourriez investir dans des icônes.

- Par exemple?

- Hmmm, pourquoi pas un étron pour les dépressifs ou un noeud de pendu pour les suicidaires?

- Je vous demande pardon?

- Une camisole pour les maniaques, un crâne pour les paranoïaques, un…

- Je,…

- Et tant qu’a y être, pourquoi ne pas porter vous-même un masque à gaz et des gants anti-radiation?

Il s’amusa de constater que le regard de l’homme de science avait pris les teintes de l’inquiétude. Il marqua une pause.

- Monsieur, avez-vous lu le diagnostic?

- Avez-vous pensé aux aveugles? A défaut de braille, vous pourriez mettre un peu de relief…

- Monsieur, je vous en prie…

- OUI J’AI LU DUMBASS! S’écria-t-il d’une voix qu’il voulait la plus grave possible.

- S’il vous plaît, calmez-v…

Il éclata d’un rire franc à gorge déployée. Le médecin avait maintenant l’air franchement mal à l’aise et il vit sa main se glisser lentement sous le bureau.

- C’est inutile, lui dit-il. Je ne vais pas vous agresser.

L’homme en blouse blanche ne bougea pas d’un iota.

- Avez-vous compris le diagnostic?

Il acquiesça d’un mouvement de la tête.

- Vous allez devoir suivre un léger traitement. Juste de quoi remettre les choses à plat. Votre ordonnance est prête, vous pouvez la demander à l’infirmière sur le chemin de la sortie.

Il attendit quelques instants. Puis il se leva d’un bond, projetant son bras vers l’homme, désormais aussi blanc que sa blouse, provoquant chez ce dernier un sursaut qui faillit le renverser de sa chaise. Il vit qu’il avait instantanément appuyé sur le bouton rouge au niveau de ses genoux. Il lui tendit alors doucement la main.

- Au revoir, docteur.

Sans attendre, il pivota, ouvrit la porte, passa devant le bureau de la secrétaire et traversa la salle d’attente, se poussant légèrement contre le mur lorsque la paire de gorilles en tenues d’infirmiers qui lui était destinée passa en trombe sans le remarquer.

- Un vrai cirque, songea-t-il in petto.

D’un geste, il prit l’ordonnance que lui tendait la jeune fille aux lunettes rouges entre son pouce et son majeur et sortit prestement de la clinique, ne désirant pas s’attarder. Il alluma une cigarette et se mit à marcher. Il s’arrêta à la première pharmacie, présenta le papier rose griffonné – il ne savait si l’incapacité d’un étudiant en médecine à écrire lisiblement une fois atteint l’internat était ou non de l’ordre de la légende, mais il était sûr qu’il serait à présent beaucoup plus difficile d’éclaircir ce palpitant mystère maintenant que l’informatique dominait le monde des scribouillards en tous genres – attendit quelques instants, prit dans sa main droite le petit sac en plastique contenant la boîte de carton bleue, elle même contenant une flasque de plastique hébergeant dans ses entrailles une multitude de pilules qu’il imaginait jaunes, vertes ou rouges, et reprit son chemin.

Arrivé devant chez lui, il ouvrit la porte d’un coup d’épaule, monta avec entrain les sept étages de marches vermoulues craquant sous ses talons, déverrouilla sa porte, fit un pas dans son vestibule, se retourna, ferma doucement la porte et verrouilla de nouveau le loquet. Il se dévêtit, retroussa les manches de sa chemise, déboutonna son col, commença à déboutonner sa chemise, se ressaisit l’espace d’un instant, puis la déboutonna entièrement. Il prit la petite boîte bleue dans sa main, brisa le sceau de plastique empêchant une ouverture intempestive, en sortit péniblement la flasque de plastique avec un doigt – Dieu que ces boîtes étaient peu pratiques, à quoi servaient-elles au juste? – et fit sauter le couvercle de celle-ci avec un petit plop. D’une main, il chercha son paquet mou de cigarettes dans la poche gauche de sa chemise, en sortit une blonde légèrement tordue, l’alluma au coin de sa bouche et entra dans la salle de bain. Coincé dans le triangle exigu bordé à ses coins du trône en faïence, du lavabo en étain et de la baignoire centenaire elle aussi en faïence, il souleva la lunette des chiottes et, debout, il commença à verser les pilules au dessus de l’eau claire. Inspectant sa cigarette à moitié consumée, il se dit qu’après tout, la bipolarité n’était pas une si mauvaise chose. Il pouvait toujours écrire, la mettre à profit. Ou devenir prophète, d’autres avant lui avaient presque réussi grâce à cela. Il espérait juste ne pas se faire arrêter par le sultan. Il trouvait d’ailleurs étrange que sa cleptomanie soit passée inaperçue. Cette idée le fit sourire et lui fit porter la main à la poche de son pantalon pour en sortir le stylo-plume du médecin. Au moins, se dit-il, ils me laisseront tranquille s’ils sont persuadés que je prends leur poison. Puis il tira la chasse et sortit de la salle de bain. Il retira ses chaussures, fit glisser ses chaussettes à terre, jeta son mégot dans l’évier de la cuisine, et s’allongea sur son lit en allumant une autre cigarette. Il regarda quelques instants les trous au plafond, au dessus de lui. Puis il se dit qu’il était fatigué. Il essaya de se rappeler de la couleur des pilules mais il s’aperçu qu’à aucun moment il ne les avait véritablement vu. Son regard avait glissé ailleurs durant tous ces instants où, la main au dessus de la cuvette, le poignet légèrement courbé, son esprit avait vagabondé autour de son cloître imaginaire. Elles devaient être rouges, sans aucun doute.

C’est plus intéressant que ça n’en à l’air.

•février 21, 2011 • Laisser un commentaire

L’individualisme, pris dans son sens commun comme dans son sens philosophique, ou plutôt sa croyance, est la névrose des célibataires endurcis et des amoureux éconduits. Condition incurable, affection chronique, elle a tendance a produire des comportements convulsifs bientôt transformés en tics. Sa résilience tient au fait que l’individualisme est une condition fortement liée à l’instinct d’auto-préservation. Que cela soit à la suite d’un traumatisme ou d’un développement dans la durée, l’individualisme vise à combler – sans succès – un vide existentiel et humain. L’exemple le plus extrême d’une névrose accomplie est sans doute à trouver dans la théorie forte de l’individu au sein du libéralisme. Décrite brièvement, celle-ci postule que l’individu peut être considéré en dehors de toutes appartenances quelconques et que l’individu est en dernière instance, toujours maître de ses choix et de ses appartenances, grâce à une rationalité intrinsèque.

Soignant le mal par le mal, l’individualisme ne peut cependant pas constituer un remède efficace aux types de trauma au sein desquels il trouve son origine mais les renforce au contraire s’il ne parvient pas à les contenir. La croyance délibérée et inconsidérée dans cette fiction individuelle peut d’ailleurs s’avérer destructrice dès lors qu’elle est prise comme étalon pour la conduite des relations humaines au sein d’une société, entraînant une désagrégation du lien social susceptible de créer une situation anomique et un dépérissement à plus ou moins long terme de la société considérée.

c'est chiant hein? C'est plus intéressant vers la fin.

De plus, si la croyance et la pratique d’un individualisme fort peuventt sembler au départ réduire les conflits par le biais de l’ignorance volontaire, elles risquent cependant de déboucher sur une recrudescence de ces mêmes conflits dans le cas d’une promiscuité forcée.

Je ne crois pas à l’individualisme comme structure politique, philosophique ou émotionnelle. Au contraire, la seule structure qui me semble viable – autant par ses qualités intrinsèques que par sa capacité à contre-balancer les effets néfastes de l’individualisme – est la communion organique; elle se dérive en plusieurs types de comportements. Emotionnellement, elle se traduit par des relations passionnelles, la communion des corps et des esprits en un tierce membre. Philosophiquement, elle se traduit par l’attirance plutôt que la séparation. Politiquement, elle se traduit par une communauté fortement intégrée. Je m’aperçois bien évidemment des risques d’une vision globale et englobante fondée sur un terme unique. Elle est la voie la plus simple vers l’idéal totalitaire. A l’exception près que fusion ne signifie pas ablation de l’originalité.

 

Maintenant que vous vous êtes fais suer à lire mon blabla peu intéressant (mais pas sans rapport avec la suite), les choses sérieuses. Il est temps pour moi d’offrir ma vie privée sur l’autel de la vertu en sacrifice aux dieux d’internet. Après tout, un blog ça sert à ça.

J’ai un gros problème. Un problème qui me rend malheureux, dont je suis l’origine mais dont toute action de ma part envers lui ne peut que l’aggraver.

Je suis malheureux en amour, et pour une raison principale: j’ai besoin de m’engueuler. J’ai un besoin vital de me disputer, de me chamailler avec ma partenaire. Pas que tout ce que cela comporte soit nécessairement agréable; je ne sais pas véritablement pourquoi je ressens ce besoin, cette nécessité. Mais le fait est qu’elle est là. Ca n’est pas particulièrement conscient; je ne me lève pas le matin en me disant “tiens, j’ai envie d’engueuler quelqu’un là!”. Non, je suis juste né sous le signe de la contradiction; dit plus simplement, je suis un emmerdeur, doté par une fée légèrement salope de l’esprit de contradiction. J’ai bien essayé d’arrêter, toutes les femmes n’étant pas des emmerdeuses nées; ça marche un temps. Et puis ensuite, la pression se transforme en autre chose. En inquiétude, en déprime, en peur viscérale. Et je finis par atteindre le même résultat que par l’engueulade: ça chie dans la colle, et j’en ai plein les mains.

 

Alors voilà, une fois encore, j’ai échoué. Une fois encore, la réponse à la question “I CAN HAZ GIRLFREIND?” s’avère être “GTFO”. Ami(e)s, si vous avez des personnes dans votre entourage définies par le reste du monde comme des emmerdeuses-nées et qu’elles sont célibataires, vous pouvez laisser les noms, numéros et mensurations dans les commentaires. Je vous laisse, j’ai une seringue à chauffer.

Bukowsky poetry.

•décembre 18, 2010 • Laisser un commentaire

At some point I just decided to stop taking pictures of the scenery. They don’t seem to do the trick anymore. The mountains are way too majestic to allow themselves being pinned down like a vulgar butterfly by the “premier venu”.

 

 

 

 

 

 

 

Somehow, reading Bukowski

when drunk

helps it make more sense.

Not that what he wrote is

nonsensical.

But when drunk

the only difference

is

you know you would have seen

things

his way.

Groking

is

the

word.

 

I usually don’t write poems. I’m no good at it, to say the least. But I wrote this anyway. Because

I was on the Canadian

I was drunk

And reading Bukowski.

Three things that, when put together, either make you feel indifferent; or take you to a place seldom reached.

Parlez moi de sexe

•décembre 12, 2010 • Laisser un commentaire

A l’occasion de la récente affaire concernant Julien Assange et son arrestation sous couvert d’une accusation de “sexe par surprise”, plusieurs articles ont semblé fleurir comme poussent les champignons ces derniers jours. Tous ont pour sujet d’enquête la même chose: le respect, au cours d’une relation sexuelle, de l’avis de la donzelle, notamment si, et ce même au dernier moment, celle-ci oppose une fin de non-recevoir à son partenaire masculin. Le sujet du jour est donc lancé et nos chers journalistes semblent tous souscrire à cette même idée: afin de passer pour un bon journaliste et quelqu’un de bien, rien de mieux que de pondre un article aux apparences féministes sur la sexualité féminine. Quitte à, en réalité, souscrire au plus basique des mysoginismes.

Récapitulons; d’abord, il y eut cette affaire avec Assange. Vous êtes sans doute au courant, je ne ferai donc que vous rappeler les faits essentiels. Julien Assange, fondateur de Wikileaks, personnage à la personnalité a priori dictatoriale et détestable (selon ses proches collaborateurs et dissidents) dont un certain nombre de gouvernements veulent la peau, a été arrêté il y a quelques jours à Londres après avoir été accusé de “sexe par surprise” par deux femmes avec qui il avait précédemment (et séparément) eu des relations sexuelles au cours des 48 heures précédentes. Ces deux protagonistes décidèrent, après avoir fait connaissance de porter plainte contre Assange. Les quatre chefs d’accusation ont rapport à l’absence d’utilisation d’un préservatif alors que l’intéressée avait ouvertement portée à la connaissance de Assange son souhait d’utiliser une protection (chose qui n’aura pas empêché cette dame de continuer à avoir des relations sexuelles avec l’intéressé), au fait que Assange aurait usé du poids de son corps pour maintenir Mme X couchée d’une certaine manière sexuelle, ainsi que des actes sexuels sur Madame tandis que celle-ci dormait et ce sans préservatif. L’enquête dira si ce fut fait sous la contrainte. Les premiers bruits médiatiques semblent confirmer le contraire. Bref, quoi qu’il en soit, Assange est à l’heure actuelle en attente d’un jugement, l’accusation de “sexe par surprise” illustrant plus ou moins le fait d’avoir des relations sexuelles à la limite du consentement sans pour autant qualifier les faits de viol, par exemple dans le cas d’un consentement préliminaire aboutissant au dernier moment à un refus de consentement, ce refus n’étant pas accepté comme tel par un des deux protagonistes.Vous imaginez bien qu’au vu de la personnalité sulfureuse de Assange et la volonté – non-déguisée – de certains gouvernements de le faire taire (même au moyen de fausses accusations sexuelles, comme le mentionnait récemment un document officiel de je ne sais plus qu’elle nationalité), ce scoop digne des plus infâmes tabloides anglo-saxons se devait de faire le tour de la Toile, engendrant ici et là des emules vaguement philosophico-théoriques.
Ainsi vit-on émerger des articles sur le droit inhérent à toute femme de dire non à n’importe quel moment de l’acte sexuel et le fait que ce droit doive être respecté. Ce qui apparemment, au vu des scoops fournis par ces différents articles, n’est que rarement le cas. Bien, l’idée de départ semble parfaitement justifiable et tout à fait pertinente. Oui, les femmes (au même titre que les hommes par ailleurs) ont un droit inaliénable au non consentement à l’acte sexuel et ce à n’importe quel moment. Malheureusement, le traitement et le développement journalistique de ce postulat me paraissent bien loin de soutenir les femmes dans ce droit et me paraissent, au contraire, donner tout droit dans le préjugé sexiste. Mais voyons plutôt comment.

Prenons comme exemple cet article de Rue89, “Elles couchent pour ne pas avoir à dire non”. Il me paraît être on ne peut plus représentatif dans sa caricature de ce que les autres articles que j’ai pu lire dans la presse grand public sur internet développent. Le décor est planté très rapidement: trois jeunes femmes relatent leurs expériences sexuelles plus ou moins forcées, plus ou moins consenties lorsqu’elles étaient adolescentes. Certaines d’entres elles sont effectivement choquantes et dévoilent des figures masculines détestables, manipulatrices, machistes, brutales, fétichisantes. Les faits sont là, relatés simplement. Leur interprétation journalistique prend cependant un tout autre tournant, celui de la victimisation. Comprenons-nous bien, cette étape est quelque part nécessaire au journaliste grand public. Il faut apitoyer, il faut apporter l’émotion à la description, un peu comme quand le JT de TF1 vous abreuve par tranches de 30 secondes de visages larmoyants et déchirés dès qu’il s’agit de traiter d’un sujet relatif à une perte quelconque. Il ne faut cependant pas s’y limiter, ce que l’article en question oublie l’espace d’un instant; un espace cependant suffisant pour faire tomber son auteur dans le cliché sexiste. Ainsi, les femmes, dès l’adolescence, ne seraient pas des protagonistes à part entière de leur sexualité, elle n’en seraient que des victimes passives, soumises à la violence sans cesse renouvelée de leurs conjoints masculins. Car oui, scoop sensationnel, les adolescentes souffrent d’un manque de confiance en elles et d’une peur de rejet, transformant les jeunes femmes en victimes innocentes de la boucherie sexuelle perpétrée inlassablement, génération après génération, par leurs homologues masculins qui eux ne souffrent jamais de ces maux. Non, au contraire, les garçons, ces bêtes sexuelles en puissance, sont déjà des étalons machistes qui souffrent uniquement des invasions de comédons. On remarquera d’ailleurs que pour la journaliste, la seule chose qui semble affliger les jeunes adolescents est le manque d’érotisme du “condom” (soyons québécois, à quoi sert d’utiliser des mots français après tout). Ainsi, les femmes, ces pauvres créatures inlassablement soumises à la pression de leur pairs n’ont pas, apparemment et contrairement à leurs pairs masculins, suffisamment de volonté ou de ressources intérieures pour se prendre en main et refuser l’acte sexuel lorsque celui-ci se présente à leur porte sous la forme d’un adolescent aux pores grasses. Bien entendu, ces affirmations sont scientifiques puisque elles sont justifiées par un lien vers un forum internet de jeunes mâles en chaleur. Un lien vers /b/ (pour les connaisseurs) aurait été volontiers accepté comme une preuve scientifique aussi, à condition bien entendu de nous placer dans le cadre d’une science de la preuve à haute teneur en ingrédients comiques.

Mais enfin, ne soyons pas trop vindicatifs. Admettons, les adolescentes ne possèdent que rarement les capacités à dire “non”. On plonge en plein dans le cliché sexiste qui voudraient que les femmes soient des créatures faibles par nature, indécises et vulnérables, des princesses que seul un prince charmant serait à même de sauver. Mes grands parents aussi pensent comme ça. Ce qui me porte à croire que Disney a véritablement réussi à emprisonner le monde de son emprise saturée de sirop de glucose de mauvaise qualité.

Ce qui me semble bien plus critiquable, dans tout ceci, c’est l’image qui est donné de la sexualité. Soyons sérieux un instant. Oui, il est proprement anormal qu’une femme, quel que soit son âge, soit soumise à l’acte sexuel sans son consentement. Oui, répétons-le, une femme a le droit inaliénable de dire “non” à n’importe quel moment de l’acte et son opinion doit être respectée par son partenaire. Cependant, il me semble que le traitement de la chose est un peu trop théorique. Il est une chose de dire non. Il en est une autre d’agir physiquement pour appuyer le non. Plaçons-nous dans une situation quelconque; un jeune homme et une jeune femme sont sur le point de copuler. Ils sont chacun dans un état d’excitation sexuelle approprié. Au dernier moment, il s’avère que le jeune homme ne veut ou ne peut pas utiliser un préservatif alors que sa partenaire en a émis le souhait. Si la jeune femme émet immédiatement le souhait de ne pas poursuivre l’acte sexuel et que le jeune homme continue cependant dans sa voie, forçant sa partenaire, il est en tort. Que se passe-t-il cependant si, malgré cela, la jeune femme, succombant – au même titre que son partenaire – à l’excitation sexuelle, se prête néanmoins au coït? A-t-elle le droit, a posteriori, de s’en plaindre et de porter plainte pour agression sexuelle? Je ne le crois pas. A  partir de quel moment peut-on véritablement identifier que l’on est en présence d’un acte forcé et non d’un acte commis par une certaine paresse, par la volonté de ne pas “casser le feeling”? Peut-on estimer qu’une opinion donnée à un moment donné n’évolue jamais lorsque la situation en question se présente? On fait évidemment parfois des choses sous l’emprise de l’excitation sexuelle que l’on vient par la suite à regretter, une fois la tension évacuée. Il faudrait pouvoir pondérer les motivations a priori avec la réflexion a posteriori et vice versa. Il ne s’agit pas de remettre en cause le droit inaliénable mentionné précédemment. Mais il semble parfois un peu facile d’appliquer sur une situation passée une réflexion raisonnée construite postérieurement à l’acte sexuel en lui-même. C’est sans doute le drame de l’érotisme de nous faire perdre la tête. Mais peut-on vraiment accuser quelqu’un a d’agression sexuelle si aucune force physique ou manipulation psychologique n’est avérée? En viendrait-on à considérer l’état d’excitation sexuelle comme une forme de contrainte psychologique imposée de manière extérieure ou présente en chacun de nous? Ne sommes-nous tous pas, hommes comme femmes, parfois aliénés par notre propre désir sexuel? Que les plus chastes d’entre vous me jettent la première pierre. Je ne comprend pas pourquoi, dès que ce type de problème est posé, on finit par retomber dans des catégories bien loin de l’égalitarisme sexuel que l’on aime arborer fièrement, catégories qui posent systématiquement la femme comme victime des pulsions sexuelles masculines et l’homme comme un prédateur voué nécessairement à la malignité (si tant est que l’on ne tombe pas dans le cliché de l’homme comme ne pensant qu’avec ses organes génitaux). Ne serait-il donc pas possible que la femme, au même titre que l’homme, soit parfois prise au piège de ses propres pulsions? Ne peut-il y avoir qu’un coupable dans l’affaire? Je refuse de le croire. Je persiste à penser que considérer une femme comme étant responsable de sa sexualité, dans tout ce que cela implique y compris la complexité émotionnelle du moment de l’acte sexuel même aboutissant à des actes acceptés sur le moment mais regrettés par la suite, est le plus grand respect que l’on puisse lui témoigner. Les êtres humains sont imparfaits par nature, la vie elle-même n’est qu’une suite de menus bonheurs et de déceptions, pourquoi le sexe y échapperait-il? Sommes nous à ce point  désespérément victimes des Bisounours vampires?

Zéro+zéro=la tête à Adolphe.

•novembre 12, 2010 • Laisser un commentaire

On a beaucoup tergiversé quand aux causes de la Seconde Guerre Mondiale et des atrocités qui furent commises à cette occasion. Bien entendu, comme il se trouve que les Allemands perdirent, on leur reprocha beaucoup de choses, dont la responsabilité du déclenchement des hostilités. C’est une loi aussi vieille que le monde que les victorieux dictent l’Histoire tandis que les vaincus sont relégués dans les profondeurs des archives, vilipendés et caricaturés lorsqu’ils ne sont pas tout simplement effacés du cours du temps par des stratagèmes aussi simples que dévastateurs.

Quoi qu’il en soit, l’opinion s’accorde sur le fait que les grands fautifs, les mauvais garçons, ce sont les teutons. Ce point d’entente ayant été établi, il reste cependant que les historiens, dans leur grande sagesse, viennent compliquer l’équation. Ils ne leur suffit plus de savoir, comme le commun des mortels, qui qu’a commencé le premier (la politique internationale est presque moins complexe qu’une cours de récré d’une école primaire du 93), mais également pourquoi. L’intérêt particulier de cette question c’est que même avec une réponse de type 42, vous avez toutes les chances de tomber légèrement à côté. Mine d’or pour les maîtres de thèse déprimés et cyniques qui, conscients d’avoir raté leur vie et perdu leur jeunesse à avaler des hectolitres de poussière acre dans les tréfonds de la bibliothèque de la Sorbonne pour préparer une agrégation en voie de disparition et à l’intérêt tout relatif voire tout à fait incrémental, peuvent enfin se venger sur leurs thésards en leur refilant le sujet qui tue, dans le genre de “Les circonvolutions intellectuelles du courant völkisch en Bavière pré-hitlérienne en lien avec le courant néo-aryaniste et leurs influences sur le déclenchement de l’Anschluss”. Bam, ton père t’avait bien dit de rentrer en apprentissage de charcuterie, à l’heure qu’il est tu aurais su faire du foie gras aux figues et tu nourrirais ta famille, fils indigne.

Malgré tout cela, il semble bien que la Recherche Française soit en bien mauvaise santé. Ainsi, prenant mon courage à une main et mon petit paquet de neurones dans l’autre, je décidais de venir en aide à ces pauvres hères égarés en vestes de tweed doublées de ronds de cuirs aux coudes. Qu’elle ne fut pas ma surprise de constater que la raison la plus évidente avait échappé aux yeux des plus grands! Et pourtant, jugez-en par vous-même, impossible de se tromper face à des preuves si flagrantes.

Reprenons certains événements d’ampleur de la carrière hitlérienne dans l’ordre à peu près chronologique: Hitler se laisse pousser la moustache la plus ridicule du monde connu. Après moultes tentatives, il finit par prendre le pouvoir, non sans avoir rédigé ses mémoires sous forme de manifeste (ce qui, vous en conviendrez est curieux; on rédige généralement ses mémoires lorsqu’on a achevé quelque chose. Hitler, lui, les a rédigé avant. J’ai du mal à croire qu’il ait été le personnage sobre si souvent présenté par la propagande et la rumeur). Premier indice, il fait euthanasier les handicapés. Deuxième indice, il envahit la Belgique. Troisième indice, il tente de décimer le peuple juif après avoir envahi presque toute l’Europe. Trois preuves irréfutables de la raison pour laquelle Hitler déclencha la Seconde Guerre Mondiale, ce qui est encore bien plus saisissable si l’on prend le temps de considérer le physique d’Hitler et/ou ses aptitudes à la peinture: Adolphe n’aimait pas rire.

Très franchement, reprenez les trois indices depuis le début. Hitler tenta d’effacer de la surface de la planète les handicapés. Vous admettrez sans aucun doute que si vous décimez la population handicapé d’un pays, ce dernier perd un potentiel comique énorme. Bon, je sais bien que dans les rares lecteurs qui viennent se perdre ici, il en est des prudes qui viendront clamer haut et fort que non, eux ne se moquent pas des handicapés, et encore moins lorsqu’ils s’appellent Georges et que leur phrase fétiche est “Copain Harry!”. Certes. Mais qui peut, en toute bonne foi, venir m’ouvrir son coeur et me dire, prunelles contre prunelles “je n’ai jamais ri d’un handicapé”. La preuve irréfutable que cette population en voie d’extinction (réintroduisons le mariage en deçà du 7ème degré de cousinage, après tout lorsque l’on considère un peu notre gouvernement actuel on se dit parfois que les handicapés aussi peuvent être privilégiés, parfois même plus que les autres) est source de sourires (pas nécessairement méchants d’ailleurs), voire de vraies bananes lorsqu’il ne s’agit pas de rires à gorge déployée, est que le Vatican, usine à rigolos depuis l’invention de l’hérésie, en la personne du Pape lui-même, intervint à l’époque pour sommer le petit Adolphe de cesser ces massacres inutiles et nocifs pour le bien-être de l’humour allemand (qui était déjà – faut-il le préciser? – bien mal en point à l’époque. Franchement, les casques à pointe, c’était déjà plus drôle).

Mais surtout, considérez la suite: invasion de la Belgique tout d’abord (ce qui, entre nous, se passe de commentaires…) puis massacre du peuple le plus drôle du monde! Imaginez donc, en vrac, un monde sans Elie Kakou, Elie Semoun, Gad Elmaleh, Anne Roumanoff, Woody Allen et tant d’autres… Imaginez, un monde où le pape de l’humour serait Bigard! BIGARD! BIIIGAAARD (je n’ai pas de police plus grande donc je rajoute des lettres)! Imaginez, un monde où réfléchir serait devenu tabou, où l’on se suiciderait en écoutant Rires & Chansons, où Guillon serait passible de peine de mort…

Oui mais non, voyez vous. J’ai eu beau exposer cette théorie de fac en fac, de bureau en bureau, je ne rencontrais que perplexes regards et regards perplexes. Ma gloire ne viendra donc pas de la recherche historique. Au delà cependant de mon propre intérêt, ne voyez-vous donc pas que l’histoire se répète et qu’elle ne laisse présager que de sombres lendemains. Voyez-donc! Un homme chétif, habillé de ridicule, certes n’ayant jamais tenté d’être artiste mais quand on voit la qualité du travail du père on comprend pourquoi, autoritaire, n’aimant pas que l’on glousse en sa présence, parano, l’affaire Guillon… nan, vraiment, ça ne vous dit rien?

 
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